Érable

Ma voiture ballait la glace avec peine

Les éclaboussures de boue maquillent la face de la carlingue

Mes mains sur le volant glacé tremblent

Le clafouti de mes roues dans la gadoue m’asperge l’âme

Du mauvais temps qui habille le paysage

Comme une couverture de verglas.

Les pleines des Bois-Francs se déversent en vagues flous

Ma fenêtre en est remplie

Quelques phallus de grains percent le ciel

Ils dominent la platitude du terrain linéaire

Un territoire noyauté d’un cœur de bois

Et de fromage

Le réservoir qui se rempli deux fois l’an

D’oies aussi blanches que le lait des Holstein

Et porte l’identité du Centre-du-Québec

Nous, peuple bercé dans les bras des Appalaches

Résidons dans un berceau en érable

Couvert d’une courtepointe en laine

D’Ulvertone

Confortables dans notre quotidien à l’image de nos plaines

Électrisés au café

Aux effluves des cantons,

Le lait au goût de crème

Et à la viande au goût de foin.

Le cœur du Québec bat lentement

Toujours au même rythme

Dans une cage serrée entre Métropole et Ville du Carnaval

La matrice oubliée derrière une chaîne de montagne

Se vide lentement de son sang couleur sirop d’érable.

AttachmentImage